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Triangle de Weimar : construction du futur
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Stefan MELLER*
* Ambassadeur de Pologne en France (1998)
© 1998


La France et l'Allemagne, en engageant une coopération privilégiée avec la Pologne, ont montré leur intérêt pour la nouvelle dimension de l'Europe. Le rôle de la Pologne dans cette coopération triangulaire consisterait surtout à l'avenir à assurer un lien fort et actif avec les pays de l'Est du continent, ceux qui ont vocation à devenir membres de l'Union et ceux qui n'expriment pas un tel souhait. Forte de son expérience historique, la Pologne s'est toujours prononcée en faveur d'un élargissement qui ne créerait pas de nouvelles lignes de partage.




Le 21 février 1998 la ville de Poznan a accueilli la première rencontre au sommet polono-franco-allemand qui a été en quelque sorte la consécration de la coopération de Weimar, nouée en 1991 par les ministres des affaires étrangères des trois pays, au lendemain de la fin de la guerre froide. La première rencontre des ministres intervenait dans un contexte politique particulier: le démantèlement de l'Union soviétique, la réunification de l'Allemagne, la confirmation de la voie démocratique adoptée par la Pologne, les changements au sein de la Communauté européenne appelée à s'élargir à l'Est. Cette même année la Pologne et l'Allemagne signaient le traité de bon voisinage et de coopération, inspirées par l'exemple de la réconciliation franco-allemande.

La France et l'Allemagne, engageant une coopération privilégiée avec la Pologne, ont montré leur intérêt pour la nouvelle dimension de l'Europe. Le déroulement du dernier sommet - voué à se répéter à côté de rencontres régulières des ministres des affaires étrangères, de la défense et d'autres - a démontré une proximité d'approches des trois pays et le potentiel que renferme la coopération trilatérale. Jusqu'alors elle a prouvé de son efficacité dans le processus d'intégration de la Pologne dans les structures européennes et atlantiques: la France et l'Allemagne ont accordé un appui considérable à la Pologne dans ses aspirations à rejoindre la famille européenne et à faire partie du système de sécurité occidental.

Le 31 mars dernier les négociations qui devraient aboutir à l'élargissement de l'Union Européenne ont été inaugurées à Londres. Dans quelques ans l'Union accueillera effectivement de nouveaux membres. Cette échéance inévitablement de plus en plus proche, ainsi que celle liée à l'élargissement de l'OTAN soulèvent parfois des soupçons quant aux desseins réels de la Pologne vis-à-vis des deux structures occidentales: ne déstabiliserons-nous pas la donne en introduisant dans l'Union un facteur proaméricain fort? Comment concilier notre attachement aux Etats-Unis et l'émancipation de l'Europe? Or, la mise en valeur, dès 1991, de notre coopération avec les deux principaux moteurs de l'intégration européenne, ne laisse pas de doute quant à la vision du continent que nous partageons. Certes, nous apprécions les garanties américaines mais cela en aucun cas n'affecte notre besoin d'une Europe forte et compétitive. Les deux adhésions sont complémentaires. Les pays membres de l'Union et, à la fois, de l'OTAN le savent. M. Bronislaw Geremek, ministre des Affaires étrangères, dans son discours à la Diète le 5 mars dernier a confirmé cette ligne directrice de la politique étrangère de la Pologne en disant "la coopération de la Pologne, de la France et de l'Allemagne dans le cadre du Triangle de Weimar va jouer un grand rôle dans le processus de l'adhésion de notre pays à l'OTAN et à l'Union Européenne [...] Le Triangle peut faire accroître les chances de la Pologne à intégrer les principaux pays de l'Union européenne et à créer avec la France et l'Allemagne la "colonne vertébrale " de l'Europe".

Une fois le double objectif atteint, la coopération entre nos trois pays ne perdra pas pour autant son intérêt. Au contraire: elle peut apporter une contribution considérable à l'Europe commune et assurer un équilibre de l'Europe élargie. Les trois pays, indépendamment de leur passé parfois sanglant, ont su se réconcilier et partagent les mêmes valeurs de civilisation. Les leçons qu'ils tirent de leur propre histoire ainsi que de l'histoire qui leur est commune confirment leur vocation à coopérer. Cette coopération privilégiée trouvera son accomplissement au sein de l'Union européenne. La France et l'Allemagne ont été depuis longtemps la force motrice de l'Europe. La Pologne peut compléter ce couple et donner ainsi une nouvelle dimension à l'avant-garde européenne.

Le rôle de la Pologne dans cette coopération triangulaire dans l'avenir consisterait surtout à assurer un lien fort et actif avec les pays de l'Est du continent, ceux qui ont vocation à devenir membres de l'Union et ceux qui n'expriment pas un tel souhait. Forte de son expérience historique, la Pologne s'est toujours prononcée en faveur d'un élargissement qui ne créerait pas de nouvelles lignes de partage - aussi bien dans la dimension économique, sociale et politique que celle des structures de sécurité. Elle appuiera sans condition l'entrée d'autres candidats de l'Europe Centrale et Orientale à l'Union aussi bien à l'Union européenne qu'à l'OTAN. Par l'intermédiaire de la contribution polonaise, le Triangle de Weimar peut ainsi devenir un forum privilégié de débat et d'élaboration de la politique de l'Union élargie envers la partie Est du continent.

La Pologne y apporte également son rôle stabilisateur dans la région. Ses relations exemplaires avec les voisins, la consolidation de ses institutions démocratiques et de l'économie du marché en font un facteur qui garantira la stabilité de cette partie de la future Union. Dans quelques années le frontière orientale de la Pologne sera celle de l'Union. Ce défi nous incite à élaborer dès maintenant les principes de circulation de personnes conformes aux exigences communautaires et respectant à la fois nos obligations ne serait-ce que morales envers nos voisins à l'Est. La stabilité des institutions démocratiques en Pologne peut aussi servir d'exemple pour d'autres pays de la région. L'alternance démocratique et la cohabitation sont devenues chose courante dans le paysage politique polonais. La continuité de la politique étrangère depuis 1989 nonobstant les changements de gouvernements en est la meilleure preuve.

La coopération de Weimar ce sont aussi, à côté du volet politique et celui militaire, les projets communs dans le domaine de la culture, d'échange des jeunes. Les trois dirigeants ont évoqué lors du dernier sommet des initiatives sur le champ d'éducation, de sorte que les jeunes générations de Polonais, de Français et d'Allemands puissent se rapprocher et contribuer à la construction européenne. Cet objectif pourrait se réaliser notamment par le biais de l'Université européenne, située en Pologne, qui pourrait devenir un espace de rencontre des jeunes gens venant non seulement de nos trois pays, mais aussi - et peut-être surtout - d'autres pays de l'Europe Centrale et de l'Est.

Cette vocation future du Triangle de Weimar, profitant non seulement aux trois pays qui le forment mais aussi à d'autres, à l'Est fera ses preuves particulièrement au moment de premiers élargissements effectifs de l'Union. Dès maintenant elle doit être mise en valeur afin de démontrer que le processus d'élargissement est positif et non discriminatoire et que pour l'Union il signifie l'agrandissement de l'espace de stabilité qui ne se limiterait pas aux seuls pays membres futurs mais couvrirait la région entière.


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